Odessa à l'ombre d'un temps inconnu

par Anne-Laure Jeanprêtre

D’abord

Je rentre d’Odessa après un parcours fait de jeux de miroirs et de pistes brouillées qui suscite un mélange de rêve et d’interrogations.

Il s’agit maintenant de trouver le chemin des mots à travers un ensemble de silences, de secrets, de lieux, d’images, de couleurs, de scènes que j’approche par ce voyage comme des îlots que je relierais par de fragiles passerelles, tissant entre eux une carte imaginaire ou une histoire inventée.

Des mots pour repousser l’oubli ou pour aller à la rencontre d’un temps égaré, inconnu.

Il a fallu que je pose mes pas et mon regard dans le sillage de Léa, ma grand-mère, pour que la puissance du passé et de ce qu’elle y a dissimulé jusqu’à sa mort prenne l’assaut de mes pensées pour ne plus les lâcher.

Parcourir ainsi dix ans de sa vie comme une rêverie, créer quelque chose d’elle, elle que je n’ai jamais connue, ou si peu puisqu’elle a disparu avant que je réalise qu’elle avait un nom.

Travail de mémoire, pèlerinage à la fois essentiel et dérisoire.

Travail d’imagination aussi, comme si, dans un grenier, des planches manquantes avaient laissé filer dans les interstices des photographies, des lettres, des souvenirs ou des objets, dessinant un ensemble d’ombres et de lumières m’incitant à inventer un jeu de marelle, un itinéraire, un sens, une histoire.

Je pense au grenier qu’a toujours été l’Ukraine pour la Russie. Terre d’ombres et de lumières aussi.

De blé et de famine.

Accepter que ce voyage originaire frôle constamment la béance de ce qui m’échappe.

« Et si l’on partait pour Odessa ? »

Anne-Laure Jeanprêtre Odessa à l'ombre...
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