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Israël Goussac
"Ma Vie"

       « Il y a longtemps que j’avais envie de décrire tous les évènements et les personnes qui ont contribué à me faire ce que je suis. […]. La raison de ce désir de " rendre compte " vient sans doute de mon attrait pour l’histoire et de mon manque d’information sur les générations qui m’ont précédé, seules quelques bribes sur l’existence de mes grand’parents (sic) m’étant parvenues. J’éprouve le besoin de raconter le maillon que je représente, pour l’un de mes futurs petits-petits-enfants peut-être, qui sera avide d’en savoir plus sur ses origines. »


(Israël Goussac, février 1997)

Israel-Goussac

       Deuxième « apparition » en pleine lumière – mes recherches m’en réserveront-elles d’autres ? – du fantôme Abraham Goussac, maroquinier, dont le lien de parenté avec Brukha, mon arrière-grand-mère, demeure incertain : sa signature, reléguée jusque-là au bas d’un acte de notoriété sollicité par René Némirovski en vue de l’obtention de la nationalité française cesse d’être une simple trace administrative pour devenir un visage. Cette métamorphose s’opère grâce à une photographie exhumée du placard providentiel de la maison de mes parents Pierre et Janine Némirovski, comme si la mémoire familiale, longtemps silencieuse, consentait enfin à livrer l’une de ses figures. Le cliché, daté des années 1930, fixe une scène ordinaire dans un jardin : une table ronde recouverte d’une nappe blanche, au centre de laquelle trône un grand samovar métallique surmonté d’une théière, signe d’un rituel partagé et d’une convivialité familière. Autour de la table sont assis deux femmes, trois enfants et deux hommes. Parmi eux, le « moustachu », vêtu d’un costume sombre et d’une cravate claire, la posture droite et posée, s’impose peu à peu à mon regard comme Abraham Goussac lui-même. Une inscription griffonnée au verso de la photographie — « Familles Goussak et Boubis » — vient alors sceller cette reconnaissance fragile, faite d’indices et de présomptions. Une seule certitude pourtant s’impose, modeste mais tenace : mon samovar et celui du cliché ne sont pas le même — preuve infime que la mémoire, même lorsqu’elle ressurgit, demeure toujours partielle et lacunaire. Une question en appelle toujours une autre.

(Isabelle Némirovski, janvier 2026, à suivre…)

C’est grâce à Gaby Goussac, fille d’Israël Goussac, qui m’a transmis en décembre dernier depuis Israël où elle réside, les Mémoires de son père intitulés « Ma Vie » (2005), que j’ai pu retrouver un fil dans le labyrinthe de mes recherches, reconstituer d’importants fragments de « mon » histoire familiale du côté paternel, du côté d’Odessa, en particulier celle de mon arrière-grand-mère Brukha Dreisine, veuve Némirovski, grand-tante d’Israël Goussac. Je lui exprime ici ma profonde reconnaissance.

 

(Isabelle Némirovski, janvier 2026)

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