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"Au fil de nos cheminements littéraires"

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"Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo

Les Amis d'Odessa vous recommandent quelques articles choisis sur l’ouvrage de Camille de Toledo, Thésée, sa vie nouvelle :

L’Histoire, octobre 2020, par Pierre Assouline

https://editions-verdier.fr/wp-content/uploads/2020/10/De-Toledo_LHistoire_oct-2020-scaled.jpg

 

Diacritik, 19 août 2020, entretien réalisé par Johan Faerber

https://diacritik.com/2020/08/20/camille-de-toledo-completer-la-carte-de-nos-blessures-thesee-sa-vie-nouvelle/

 

Des articles supplémentaires sont disponibles sur le site des éditions Verdier :

https://editions-verdier.fr/livre/thesee-sa-vie-nouvelle/

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Le yiddish, une «langue assassinée» qui n’a pas dit son dernier mot

 

      TRIBUNE. Dans « Autour du yiddish de Paris à Buenos Aires », le chercheur américain Alan Astro montre la survivance d’une langue qui n’a pas disparu avec la Shoah. Michaël de Saint-Cheron, philosophe des religions, a lu cet essai foisonnant. Une invitation au voyage dans le Yiddishland.

     La langue française n’a aucun secret pour Alan Astro, universitaire spécialiste de littérature yiddish à Trinity University à San Antonio, au Texas. Polyglotte, passant de l’espagnol à l’hébreu, de l’allemand au français, Alan Astro est un yiddishophone reconnu et il publie aujourd’hui en français directement « Autour du yiddish de Paris à Buenos Aires » (Classiques Garnier, 26 euros).

       Il nous conduit sur un chemin fascinant à la rencontre d’Apollinaire, de Wolf Wieviorka, écrivain de son état et grand-père d’Annette, Michel et Olivier Wieviorka, assassiné à Auschwitz le 18 janvier 1945, lors des Marches de la mort. Au cours de notre voyage linguistique et géographique, nous rencontrons encore Elie Wiesel et son mentor François Mauriac, puis Grünberg, Borges, écrivant ce texte bref mais si profond : « Moi, un juif » (« Œuvres Complètes I », La Pléiade).

L'article complet publié le 12 août 2021 par Michaël de Saint-Cheron est consultable sur nouvelobs.com

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« Le club des policiers yiddish » de Michael Chabon

       Pratiquement depuis la fin du XIXᵉ siècle, lorsque les États-Unis sont devenus le plus important pays d’accueil pour les Juifs européens, venant surtout de l’Empire russe, dans la littérature américaine apparut un domaine important, dédié à la thématique juive.

      Avant la première guerre mondiale et entre les deux guerres le yiddish était encore le moyen d’expression couramment utilisé, car il était pour ces écrivains leur langue maternelle ; quelques-uns comme Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature de 1978, lui restèrent fidèles tout au long de leur vie. Mais les générations suivantes passèrent à l’anglais américain, tout en restant très marqués par des motifs juifs. Nous avons eu alors toute une pléiade d’écrivains remarquables comme Philip Roth, Bernard Malamud, Saul Bellow et bien d’autres.

       Malheureusement cette génération a commencé à nous quitter à l’orée du XXIᵉ siècle, mais la problématique juive n’a pas disparu pour autant ; elle fut reprise par des auteurs plus jeunes, nés après la Seconde guerre et qui enrichirent grandement cette littérature américano-juive par de nouveaux genres comme les policiers, les romans de science-fiction, voire les fameuses B. D. que la littérature yiddish classique n’eut pas le temps de développer.

       Michael Chabon, né en 1963, est un bon exemple de ces écrivains américains profondément attachés à leur héritage juif. Dans sa famille, le yiddish était constamment présent, car les aînés l’utilisaient couramment, mais en même temps cette langue servait de moyen d’exclusion pour des jeunes qui l’ignoraient, tout en assimilant par-ci par-là, quelques mots et expressions.

       Ses deux premiers romans Les Mystères de Pittsburg (1988) et Des garçons épatants (1995) étaient déjà des succès importants, d’autant plus que son second roman connut une excellente adaptation au cinéma grâce au metteur en scène Curtis Hanson et surtout à Michael Douglas dans le rôle de Graddy Tripp.

       Michael Chabon aime bien utiliser comme point de départ des faits avérés, mais ensuite il crée dans ses romans une réalité uchronique, c’est-à-dire qu’il nous présente des évènements fictifs et complètement imaginaires. Ainsi dans son roman Le club des policiers yiddish qui se passe en Alaska, il bâtit un univers totalement inventé, mais avec des éléments véridiques qui semblent même plausibles.

 

Le texte complet d'Ada Shlaen est consultable  ici  sur M@batim

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« Théodore Fraenkel, les mille et une vies d'un esprit dada »

 

      Faire sortir de l’ombre Théodore Fraenkel, maître dans l’art de se rendre invisible, c’est le propos de Gérard Guéguan. S’intéresser à Fraenkel, c’est se retrouver dans l’intimité de Vaché, Breton, Tzara, Aragon, Desnos, Leiris, Bataille, Giacometti et tant d’autres. C’est aussi entendre la voix d’un acteur des événements majeurs du XXe siècle, avec leur lot de chaos et de boucheries, d’espoirs et de fraternité. C’est enfin se prendre d’affection pour un héros discret, médecin humaniste à la vie aventureuse. Tout cela méritait d’être raconté comme un roman. Pari réussi.

 

      Romancier prolifique, traducteur, de Bukowski notamment, critique de cinéma, éditeur, Guéguan nous offre ici un récit haletant et rythmé*. Il puise ses sources dans des entretiens avec des témoins, Jean Fraenkel en particulier, neveu de Théodore. Il a également eu accès à des archives récemment ouvertes. A travers un ample recours à des citations dans le texte, la parole est directement donnée aux protagonistes. Fin connaisseur de l’histoire des avant-gardes, il restitue à merveille ce moment inouï où, au cœur de la Première Guerre mondiale, une poignée de jeunes gens (Fraenkel, dans ses Carnets : des « morts en sursis »),  croit dur comme fer que la poésie changera le monde.

 

       Au sein du petit groupe, Fraenkel est celui dont on espère l’approbation, tout en redoutant la critique acérée, l’ironie féroce : « Rature, voilà qui est bien trouvé », raille-t-il l’intitulé pompeux de la revue Littérature. Terroriser le bourgeois avec les outrances Dada, oui. Mais ne comptez pas sur lui pour céder à la vanité de vouloir faire œuvre. Ni pour être retenu longtemps par une entreprise collective. Assez vite il réalise que la révolution invoquée  par les surréalistes ne serait que de papier. Lorsqu’il s’agira de choisir entre Tzara et Breton, sans juger quiconque, il restera fidèle en amitié au premier, pour se tenir à prudente distance des jeux de pouvoir du second, et des palinodies d’Aragon. Sommé  de s’expliquer, il expose sa position : « Mon activité ? Ce terme, appliqué à moi, ferait sourire tous ceux qui me connaissent. Elle ne saurait se restreindre ni s’élargir, étant certainement aussi voisine que possible du néant. (…)Le goût que j’ai pour mon indépendance est si fort qu’il est le seul, je crois, à m’inspirer un mobile altruiste : le respect, la passion de la liberté individuelle pour tous. »

 

        Tout aussi singulière et rebelle est sa conception de la médecine. Fraenkel rédige en effet, en compagnie de Desnos et d’Artaud, dans un numéro de la Révolution surréaliste paru en 1925, La lettre aux Médecins-Chefs des Asiles de Fous, texte précurseur du mouvement antipsychiatrique. Nous découvrons également au fil des pages comment, tout au long de sa carrière, dans son cabinet, le Doc pratiquera une médecine de l’écoute. Un seul credo : apaiser les souffrances, de ses amis écrivains ainsi que des anonymes, dans l’irrespect parfois des lois (traitement des toxicomanies, avortements), mais en accord avec une conscience en avance sur son temps.

 

       La deuxième partie du livre met en scène un homme aux prises avec l’Histoire. Fraenkel côtoie la mort sur le front dès 1916 (né en 1896, dans une famille de mencheviks juifs exilés en France, il est appelé sous les drapeaux en 1915 en qualité d’infirmier): « Je porte des blessés sur mon épaule et suis couvert de boue ». Une fois ses examens de médecin auxiliaire réussis, il parvient à l’été 1917 à rejoindre une mission médicale en partance pour la Russie, qui lui apparaît comme la Terre promise. Objectif Odessa, en pleine violence révolutionnaire, où il espère revoir la belle Mirotchka aux cheveux de feu, son premier amour. Retrouvailles décevantes, dans la mesure où celle-ci a épousé, non seulement la Révolution, mais aussi un bolchevik.

 

       Il reviendra à Odessa en 1944, dans le bataillon de chasse Normandie-Niémen. Dans un Tupolev il pourra contempler du ciel la matérialisation de son rêve, la défaite du nazisme, en survolant Königsberg en flammes. Mais il aura l’occasion de retrouver quelques rescapés de sa famille et d’entendre le récit de l’horreur d’octobre 41 : 44'000 Juifs assassinés en trois jours.

 

      A deux reprises il franchira les Pyrénées. Une première fois en train, en 1936. En guise de vacances, le Doc gagne Barcelone avec un convoi de sérums et de vaccins de l’Institut Pasteur. Comme nombre d’intellectuels français, il a pris fait et cause pour les républicains espagnols. Il est un des rares, en revanche, à l’instar de Malraux, à décider de partir. Il observe la bravoure, la désorganisation, du camp républicain, et comprend vite que la victoire de Franco, prélude au triomphe fasciste dans toute l’Europe, est inéluctable. Une seconde fois à pied, pour sauver sa peau. Juif, porteur de faux papiers (procurés par l’ami Desnos, habile faussaire), sa vie ne vaut plus grand-chose dès la fin de la zone dite libre, en 1942.

 

      On a beau priser l’anonymat, il est des circonstances qui vous obligent à prendre la parole. Le lecteur découvre ainsi que, la guerre achevée, Fraenkel publiera dans Les Temps Modernes, sous ses seules initiales, T. F., son récit Évasion de France. Ou comment, en quelques jours et mille mensonges, les passeurs successifs vous font gagner la liberté en vous allégeant de tout le reste. C’est également en 1946 qu’il fera paraître son hommage à Robert Desnos, mort du typhus dans un camp, dans la revue Critique. Voilà pour son œuvre assumée. On peut aussi lire, outre ces deux publications de son vivant, les Carnets 1916-1918, parution posthume aux élégantes Éditions des Cendres en 1990.

 

      Secret jusque dans la mort, Théodore Fraenkel choisira la fosse commune. Écoutons Aragon prendre congé de lui, dans les colonnes des Lettres françaises, le 26 janvier 1964 : « Fraenkel parlait le langage du Père Ubu (…) Il est toujours resté l’homme de ce temps, avec ce brusque rire bas, qui remettait à leur place les choses et les gens. (…) Et je ne suis pas sûr que sa profession fût plus la médecine que l’amitié ».

 

Article de Marco Dogliotti paru dans le journal Le Temps du 13 mars 2021

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* Gérard Guégan, Fraenkel, un éclair dans la nuit, Éditions de l’Olivier, 2021

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Rosette

« L'édition hébraïque à Berlin dans l'entre-deux-guerres » de Gil Weissblei

            

       Gil Weissblei, ancien archiviste de la Bibliothèque Nationale d'Israël, a publié en 2019 un livre passionnant, intitulé "L'édition hébraïque à Berlin dans l'entre-deux-guerres[1]" aux Editions Carmel à Jérusalem, dans lequel il s'intéresse non seulement aux auteurs, mais aussi aux éditeurs et aux philanthropes dont la générosité, l'ardeur sioniste et l'amour de l'hébreu ont permis la publication des auteurs hébreux, et donc ont contribué pour une grande part au renouveau de la littérature hébraïque.

 

         Après un bref aperçu de l'histoire de l'édition hébraïque jusqu'au XIXe siècle, l'auteur s'attache à l'histoire de quatre maisons d'édition hébraïques qui furent actives à Berlin dans l'entre-deux-guerres. Il insiste aussi sur l'activité éditoriale des plus grands auteurs de cette période, entre autres Bialik, qui se déploya à Berlin durant cette période.

    Gil Weissblei décrit minutieusement l'aspect technique de la fabrication des ouvrages, ce qui donne des parties passionnantes sur l'évolution des fontes hébraïques, la collaboration entre auteurs, éditeurs, graphistes, imprimeurs et relieurs et les différentes techniques de gravure.

        Les quatre maisons d'éditions sur lesquelles se concentre l'ouvrage de Weissblei ont un point commun : l'aspiration à produire un nouveau standard de haute qualité, aussi bien du point de vue de l'esthétique que celui du contenu, pour le livre hébraïque qui, au début du siècle précédent, était d'un niveau très inférieur au point de vue graphique. La littérature religieuse et les brochures sionistes étaient produites à un coût minimum afin de permettre une fabrication et une diffusion à bas prix. Les quatre maisons étudiées dans cet ouvrage- "Ha Sefer ", dont le propriétaire était Shlomo Zaltzman; "Rimon" dont la propriétaire était l'historienne d'art juif Rachel Bernstein- Wichnitzer; "Yvne" dont le propriétaire était Meir Feivel Shapiro et "Yoval", qui éditait des partitions sous la direction du musicien Yoel Engel - voulaient apporter au monde hébraïque en pleine renaissance ce que Weissblei appelle des "ouvrages de qualité bibliophilique", c'est-à-dire éditer des livres de haute qualité, non seulement en terme de contenu, mais également en tant qu'objets d'art.

       Il étudie l'économie de ces maisons d'édition, leur financement, leur lectorat, leur diffusion et ce grand paradoxe : le lectorat en hébreu n'est pas très important, et cependant les maisons d'édition fleurissent. En effet, ces ouvrages, assez coûteux, étaient destinés pour la plupart à la haute bourgeoisie juive, qui, dans sa grande majorité, ne lisait pas l'hébreu mais soutenait pour des raisons idéologiques le renouveau de la langue hébraïque et, dans certains cas, le sionisme.

       Cette activité est replacée dans son contexte politique et économique. L'Allemagne à cette époque était en proie à une inflation galopante, ce qui permettait d'y éditer des ouvrages de qualité à bas coût, si les éditeurs pouvaient payer leurs fournisseurs et leurs collaborateurs en devises étrangères. De plus, Berlin fut dans l'entre-deux-guerres un grand centre de l'émigration russe, juive et non-juive,  avec une vie culturelle russe d'une intense richesse. Cette ville a vu arriver plusieurs vagues d'émigration provenant d'abord de la Russie tsariste, puis de la jeune Union Soviétique. L'auteur montre très bien l'influence des revues russes publiées à cette époque à Berlin sur certaines publications hébraïques.

       Berlin fut aussi le centre d'une importante activité éditoriale en yiddish, rivale et concurrente de l'activité hébraïque. Les éditions en yiddish étaient fortement influencées par l'expressionisme allemand et le constructivisme russe, elles s'inscrivaient dans la modernité européenne, alors que les éditions hébraïques, plus traditionnelles tiraient leur inspiration de l'art juif populaire.

        La montée de Hitler au pouvoir sonna le glas de cette floraison. Les maisons d'édition hébraïques fermèrent les unes après les autres, et les éditeurs transférèrent leur activité soit à New-York, soit en Eretz Israël. Comme le dit l'auteur en conclusion, "une génération s'en va, une génération s'en vient".

 

Rosette Azoulay (juin 2021)

 

[1] “תחייתה של אמנות הספר העברי ברפובליקת ויימאר”

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Caroline Grimm
Caroline Grimm

Scénariste, actrice, conteuse radio et réalisatrice de films, Caroline Grimm est aussi l’écrivain de plusieurs romans : « Moi, Olympe de Gouges », paru chez Calmann-Lévy qu’elle adapte et joue au théâtre pendant un an. « Churchill m’a menti »  paru chez Flammarion et largement salué par la critique et enfin « Vue sur mère » son précédent roman publié aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Aujourd’hui, elle nous présente son nouvel ouvrage « Ma double vie avec Chagall » paru aux mêmes éditions Héloïse d’Ormesson.

 

Marc Chagall est l’objet d’un paradoxe. Nous croyons tous le connaître car nous avons en tête le plafond de l’Opéra de Paris et le style de ses tableaux, ses rabbins volants, ses musiciens en équilibre sur les toits, ses animaux colorés ... Mais derrière sa notoriété, et les motifs inimitables de sa peinture, l’homme et sa destinée nous demeurent largement inconnus. 

C’est à leur découverte que Caroline Grimm nous invite. 

 

Caroline Grimm, retrace ici le destin de Moishe Shagalov, que l’on appellera bientôt Marc Chagall, depuis son arrivée à Paris, cœur battant de l’avant-garde artistique en 1911, à l’âge de vingt-trois ans.

 

Prêtant sa voix à Bella, l’éternelle fiancée de Chagall,  son amour légendaire, sa muse, sa femme icône  qui est restée à ses côtés pendant trente-cinq ans, elle revisite les tableaux du peintre, comme autant d’expression de ses états d’âme. Lui, le pauvre gamin d’un shtetl de Biélorussie n’aura de cesse de croire en ses rêves malgré les échecs, les persécutions et les drames que lui réserve le siècle. 

 

De Vitebsk à Paris en passant par Berlin, Moscou et New York, Caroline Grimm nous invite à voyager dans l’univers incomparable de cet artiste de génie, qui a érigé la beauté, la couleur et l’art en rempart face à l’adversité.

 

Ma double vie avec Chagall célèbre ce destin hors du commun et déroule la toile d’une vie illuminée par la foi, la joie de vivre, le lien avec la nature, le cosmos et la joie d’aimer.

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Les Cinq

            La déliquescence de la communauté juive d’Odessa au début du 20ème siècle, c’est le thème de ce très beau roman de Vladimir Jabotinsky, écrivain, journaliste et aussi un des leaders de l’Organisation sioniste mondiale. L’auteur décrit la décomposition du judaïsme odessite à travers l’histoire d’une famille juive assimilée, aisée, dont les cinq enfants, au départ promis à un bel avenir, vont tous mal finir, tombant dans la mort ou la déchéance. Pour Jabotinsky, la cause en est l’assimilation des Juifs via leur russification, un thème qui le hante. La date pivot du récit est 1905, année de la première révolution russe, prélude à la future révolution bolchévique, et année d’un pogrom où périrent 400 Juifs.

 

             L’histoire est racontée par un narrateur, un journaliste, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’auteur. Elle est écrite en russe et en dialecte odessite, soit du russe mélangé à du yiddish, de l’ukrainien, du polonais et du grec. C’est une ode nostalgique et néanmoins flamboyante à l’Odessa de jadis qui n’existe plus depuis longtemps. Le texte est dense, complexe, exubérant, inventif, foisonnant et parfois énigmatique. La plupart des personnages sont extravagants. Les connaisseurs estiment que certaines pages de ce roman comptent parmi les plus belles de la littérature russe.

 

            Les Cinq, ce sont trois garçons et deux filles, à savoir un voyou particulièrement immoral, un crétin, une jeune fille fort légère, une révolutionnaire tordue et un traître au judaïsme. Le père est très effacé, la mère, intelligente et sensible, n’a plus la moindre prise sur ses enfants. La famille ne parle que le russe. Le judaïsme est inexistant, il n’y a qu’un seul livre juif dans la maison, une Histoire des Juifs, et il faut attendre la fin du récit pour voir apparaître des thèmes juifs et notamment un enterrement juif pour un des Cinq. Le sionisme est ignoré et quand le narrateur y fait allusion, il se heurte à l’indifférence la plus totale. Le thème de la conversion au christianisme affleure de temps à autre jusqu’à ce que le dernier fils saute ce pas fatidique.

 

           Le rideau s’ouvre à l’opéra d’Odessa où est représenté Monna Vanna, un drame historique de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck. De sa loge, le narrateur  repère une petite Juive à la chevelure rousse, on dirait un petit chat sortant d’un manchon, c’est Maroussia, accompagnée de sa mère, Anna Mikhaïlovna. L’ambiance est chaude, au poulailler, une dispute tapageuse agite une troupe d’étudiants remuants à propos de l’interprétation à donner à une scène un peu scabreuse du spectacle. Maroussia observe et se demande lequel de ces étudiants ne l’a pas encore embrassée.

            Jabotinsky se disait féministe, affirmant que les femmes sont généralement meilleures que les hommes. Dans ce roman, il donne en effet aux femmes les premiers rôles, tout en les qualifiant parfois de chaton ou de petite chatte, des expressions condescendantes.

            Maroussia est le personnage principal. Elle adore les garçons. Elle a l’habitude de se balader suivie d’une bande d’une vingtaine de jeunes gens qu’elle appelle ses « passagers », auxquels elle accorde des faveurs généreuses mais circonscrites ; au fil des ans, elle renouvelle sa troupe d’admirateurs. Plus tard elle deviendra une parfaite épouse, mère de famille et maîtresse de maison, une sagesse qui ne durera qu’un temps. Elle et le narrateur se fascinent l’un l’autre, mais leur « roman » restera pourtant inabouti car le narrateur règle sa conduite en fonction de l’amitié profonde qu’il voue à la mère des Cinq, Anna Mikhaïlovna. Le narrateur émet sur Maroussia un jugement fort bienveillant : elle a, dit-il, de naissance, une capacité inouïe de tendresse et elle sème cette tendresse aux quatre vents, sans se demander si cela en vaut la peine. Il considère cependant Maroussia comme un  personnage décadent.

          Nettement plus décadente mais cependant moins que les trois garçons de la famille, la deuxième fille est une révolutionnaire fort étrange. Lika est d’une beauté éblouissante, yeux au bleu profond, cheveux noirs, le profil de la statuaire grecque, les épaules sublimes, d’une élégance recherchée, mais elle se ronge les ongles et porte un cilice rugueux sous ses vêtements. Elle vit avec un certain Vernicci, un Italien qui travaille pour l’Okhrana, la police secrète des tsars. Le narrateur lui dit : « Vous êtes un monstre, Lika ; vous vivez avec un espion, vous l’aimez comme une petite chatte, et vous-même, vous l’espionnez pour d’autres (les révolutionnaires). Je ne crois pas qu’une bonne cause, quelle qu’elle soit, justifie cette sorte de service ». Lika lui répond : « Si, si ».

         « Vipère lubrique, visqueuse », cette violente insulte lancée par un parent de la famille vise Torik, le petit dernier des Cinq, qui a choisi de se convertir au christianisme. La déception est d’autant plus grande que Torik est le seul des Cinq à avoir été un élève assidu à l’école et à faire des études. Torik estime que même les « nés natifs des marais de Pinsk », ceux qui parlent le « jargon yiddish », même ceux-là s’assimilent ; le peuple juif se décompose, se disperse, il n’y aura pas de retour en arrière vers soi ; ni le sionisme ni le Bund ne pourront l’empêcher car, dans vingt ans, il ne restera qu’une seule chose - « le désir d’être comme les autres peuples », fin de la tirade du jeune homme. Torik préfère prendre les devants et se débarrasser du judaïsme immédiatement.

      

          Vladimir Jabotinsky confirme qu’il est un écrivain brillant tout en ne s’éloignant pas de ses préoccupations sionistes. Sans le dire ou à peine, il plaide ici une fois de plus pour l’alya, le départ des Juifs en Eretz Israel, seule solution pour échapper à l’assimilation et aux persécutions. Vladimir Jabotinsky reste néanmoins profondément amoureux de sa ville natale. Au fil des pages, il écrit des descriptions somptueuses de la ville d’Odessa, du port, de la mer. Il se remémore la foule odessite se pressant, sur le grand escalier et sur le boulevard en direction de la statue de la tsarine Catherine, pour observer la mutinerie du cuirassé Potemkine. Il termine en disant adieu à la ville et à ses personnages. Il trouve quelque excuse au voyou Serioka ; il revoit en rêve la froide beauté aux yeux bleus, Lika, craignant qu’elle ne soit morte dans une cellule de la Loubianka ; il espère ne plus jamais rencontrer Torik, qui « n’est plus des nôtres ». Surtout il n’oubliera jamais Maroussia, sa belle héroïne à qui il a donné rendez-vous en Lucanie, dans son paradis imaginaire. Et il redéclare son amour pour les femmes.

 

 

Jacqueline Pollak

Ancienne journaliste de la RTBF, Radio Télévision Belge de langue française.

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Mireille Hadas-Lebel

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! » La phrase terrible que l'évangile de Matthieu met dans la bouche de Jésus a pour deux millénaires déterminé l'image des pharisiens comme faux dévots, alimentant ainsi la polémique anti-judaïque. Depuis seulement quelques décennies, l'exégèse chrétienne et le recours aux sources historiques anciennes, de Flavius Josèphe à la littérature rabbinique, ont permis de rendre justice à ce courant du judaïsme antique. La grande historienne de la période, Mireille Hadas-Lebel, fait le point sur ce que l'on sait et sur ce qui reste encore dans l'ombre.
Par quelles croyances et pratiques les pharisiens se distinguaient-ils des autres courants juifs ? Quelle était leur influence auprès des masses ? Les vifs débats que Jésus mène avec eux relèvent-ils d'une critique externe ou au contraire d'une controverse interne au mouvement pharisien - autrement dit, pourrait-on aller jusqu'à dire que Jésus lui-même était un pharisien ?

Mireille Hadas-Lebel est Professeur émérite de l’Université Paris Sorbonne (chaire d’histoire des religions). Elle a publié de nombreux ouvrages sur le judaïsme antique dont Flavius Josèphe, Philon d’Alexandrie, Hérode (Fayard), Massada, Hillel, Une histoire du Messie (Albin Michel), Jérusalem contre Rome (Cerf et CNRS), Rome, la Judée et les Juifs (Picard), La Révolte des Maccabées (Lemme).

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        Journaliste, écrivain, traducteur, orateur, théoricien du sionisme et leader historique de la droite israélienne, Vladimir Zeev Jabotinsky avait de multiples talents et également certains défauts qu’il ne craint pas d’avouer dans son autobiographie, il reconnaît par exemple qu’il était doué pour susciter des antagonismes. Dans son livre, ce n’est pas tant l’homme politique qu’il nous raconte mais plutôt l’homme qu’il a été et le cheminement qui l’a conduit à défendre un sionisme radical et à placer les premières balises de la future armée juive. Jabotinsky semble avoir une double personnalité, érudit raffiné d’une part et d’autre part militant acharné et parfois cynique, en tout cas, le militant sioniste est doté d’une plume magnifique.  Il a passé sa vie à parcourir le monde loin de sa ville natale, Odessa, dont il est pourtant resté amoureux jusqu’à sa mort en 1940.

 

L’hommage à sa mère

 

       Jabotinsky commence par soigneusement décrire ses origines. Il est né en 1880, à Odessa, dans une famille marquée à la fois par l’orthodoxie religieuse et par l’ouverture au monde de la Haskala, les Lumières juives. Il ouvre son récit par un hommage vibrant à sa mère à qui il voue un amour et une reconnaissance sans limite. Elle était née à Berditchev en Ukraine, une ville où les Juifs étaient si nombreux que même les chrétiens y connaissaient le yiddish. Son grand-père maternel était un Juif éclairé et progressiste, peut-être même un hérétique : il avait envoyé sa mère étudier au « nouveau heder », une école juive moderne créée dans le cadre de la Haskala, elle y a appris l’allemand et les bonnes manières occidentales. Elle parlait un allemand littéraire avec des fautes. Elle n’avait appris le russe qu’après son mariage, apparemment pour parler avec les domestiques, mais c’est uniquement dans cette langue qu’elle parlait à ses enfants, tout en massacrant la grammaire russe. Elle parlait le yiddish avec ses sœurs, elle comprenait l’hébreu biblique. Elle était très instruite et assez stricte pour tout ce qui concernait les rites religieux. Jabotinsky a reçu des cours d’hébreu dès l’âge de 8 ans, hormis ce cours, écrit-il, je n’avais alors aucun contact intérieur avec le judaïsme.

       Jabotinsky n’a pas connu son père, mort du cancer quand il n’avait que 6 ans, il n’en avait aucun souvenir ou quasi. Il le présente comme un dirigeant et presqu’un roi dans son domaine, le commerce du blé produit abondamment dans les grandes plaines de l’Ukraine.

       La mère de Jabotinsky avait vécu dans l’opulence chez ses parents à Berditchev, dans l’opulence aussi avec son richissime mari. Quand il tomba malade, elle se battit pendant deux ans pour lui sauver la vie. Après sa mort, la famille tomba dans une misère noire. Cloîtrés dans des chambres minuscules à Odessa, les enfants avaient droit à du pain frais, leur mère se contentait de pain rassis, Jabotinsky ne se rappelle pas d’un seul jour où sa mère n’a pas été contrainte de se battre, de se renforcer et de surmonter les obstacles.

 

 

Le goût des langues

 

      C’était un incroyable polyglotte, il possédait sept langues. Sa préférée était l’italien qu’il avait appris à parler comme un autochtone lors d’un long séjour en Italie. Ensuite venait le russe qu’il utilisait dans ses romans et une grande partie de ses articles, il écrivait un russe très pur, certains écrivains russes ont considéré comme une perte irrémédiable pour la littérature russe le fait qu’il consacre sa vie à son combat sioniste. Il a longtemps considéré le yiddish comme un jargon jusqu’au jour où il s’est rendu compte que c’était « la » langue à utiliser pour toucher le grand public juif. Il défendait l’hébreu comme la langue du futur État juif et il a combattu, en vain, pour que l’hébreu soit la langue de l’enseignement dans les écoles juives de Russie. Avec son fils, il ne parlait que l’hébreu. L’Histoire de ma vie a été écrite en hébreu et il a traduit en hébreu la Divina commedia de Dante, du Baudelaire, de l’Edgar Alan Poe et du Conan Doyle. Il écrivait l’hébreu en caractères latins, c’est un autre de ses aveux.

 

Sa jeunesse

 

       Au lycée, il n’a aimé que le latin et le grec, pour le reste il se vante d’avoir été un paresseux achevé, c’est en dehors de l’école qu’il se cultive, plongeant pour commencer dans les chefs d’œuvre de la littérature internationale qu’il trouvait dans la bibliothèque qui restait de l’époque de son père. Jabotinsky commence à écrire quand il n’a que 10 ans et il n’a que 19 ans quand il propose à un quotidien d’Odessa, le Novosti de lui envoyer des reportages de l’étranger. Le journal manquant de correspondants à Berne et en Italie, il part en Suisse, à cet âge, écrit-il, je dois l’avouer, je n’étais pas très sympathique en raison de mon  goût du paradoxe et de mon estime de moi exagérée.

 

      À Berne, il s’émerveille de la liberté d’expression qui tranche avec la censure russe. Très vite il part poursuivre ses études de droit à Rome où il va rester trois ans. L’Italie devient sa patrie spirituelle plus encore que la Russie. Il n’y avait pas de colonie russe à Rome, pas non plus d’antisémitisme, il s’intègre donc à la jeunesse estudiantine locale, il s’assimile au point de se fondre entièrement dans son environnement italien. C’est un admirateur de Garibaldi et le Risorgimento, le mouvement qui a conduit à la création de l’État italien, lui inspire des idées pour le futur État juif dont il rêve déjà. Il écrit quelques articles dans la presse italienne mais il en envoie surtout à son quotidien d’Odessa, le Novosti. À l’été 1901, il rentre à Odessa et découvre, à sa grande surprise, qu’entre-temps il s’est fait une réputation d’écrivain. Le Novosti lui propose d’écrire un feuilleton quotidien pour un très beau salaire. Il ne retourne pas en Italie, il reste à Odessa. Il écrit beaucoup et adore les soirées à l’opéra.

 

Kichinev

 

       Jabotinsky pense pour la première fois à l’autodéfense juive, en 1903, lors du pogrom de Kichinev, en Moldavie. La rédaction de Novosti reçut alors une avalanche de dons pour les victimes du pogrom, de l’argent et des vêtements. Jabotinsky fut envoyé les distribuer dans la ville de Kichinev. Il visita les lieux de la tuerie et parla avec des témoins. Il dit ne pas se souvenir de l’impression que lui fit ce pogrom, pour lui cette tuerie n’était pas une surprise, il s’y attendait. Il avait un mépris profond pour ce qu’il appelait le ghetto, avec, dit-il, sa dégradation, sa médiocrité,  son humour d’esclave et son incapacité à se révolter. Il accuse de couardise les Juifs de Kichinev, il a le cœur sec, il ne s’intéresse qu’aux solutions pour l’avenir, c’est à dire à l’autodéfense et à l’alya en Eretz Israel.

C’est à Kichinev que, pour la première fois, Jabotinsky fait la connaissance de responsables du sionisme russe, notamment Ussishkin, il y rencontre aussi le poète Bialik.

 

Le combat sioniste

      

      À son retour à Odessa, il est contacté par une association sioniste du nom de Eretz Israel. On lui propose de se rendre au Congrès sioniste en tant que délégué de l’association. Il accepte et se rend à Bâle, au sixième congrès sioniste. C’est le dernier congrès sioniste du vivant de Herzl et c’est un congrès très houleux. Herzl, à la demande du gouvernement britannique, propose le « Projet Ouganda ». Une très forte minorité, notamment les sionistes russes, s’y oppose, ils refusent un État juif ailleurs que sur la terre biblique, Jabotinsky en fait évidemment partie. Herzl évite la scission en proposant une commission d’enquête chargée d’examiner la faisabilité du projet Ouganda.

 

Le bataillon de muletiers de Sion

 

         En 1914, il devient le correspondant de guerre itinérant d’un excellent journal progressiste de Moscou Russkie Vedomosti. Il parcourt le monde pour ses reportages. Ayant toujours à l’esprit son idée d’autodéfense juive, un nouveau projet lui vient à l’esprit, en octobre 1914, lorsque l’empire ottoman s’allie à l’Allemagne et à l’Autriche contre la France, la Grande-Bretagne et la Russie. Il imagine de créer une unité militaire juive, une Légion juive, qui combattrait dans les rangs britanniques pour libérer Eretz Israel de la domination turque. Il part en Égypte, à l’époque protectorat britannique.

         Il est à peine arrivé à Alexandrie que les Britanniques lui demandent de gérer un camp de réfugiés juifs que les Turcs viennent de chasser de Jaffa, 1 200 personnes, pour la plupart des Juifs russes, et parmi eux, Joseph Trumpeldor. Cet officier russe héroïque lors de la guerre avec le Japon est devenu ensuite un simple ouvrier en Galilée, il se rallie tout de suite au projet de Légion juive et par la suite il participera aux différents projets militaires de Jabotinsky. Celui-ci expose son projet de Légion juive aux autorités britanniques en poste au Caire. Le général Maxwell, commandant en chef des forces britanniques en Égypte, lui répond qu’il doute qu’il y ait une offensive britannique en Palestine mais il fait une contre-proposition : la formation, avec les jeunes réfugiés sionistes, d’un corps de muletiers, unité de transport à dos de mule, non pas en Palestine mais sur un autre front contre l’empire ottoman, dans les Dardanelles. C’est niet pour Jabotinsky mais oui, pour Trumpeldor, les Français et les Anglais, dit-il, ont bien un corps de chameliers, pourquoi nous, nous n’en aurions pas un de muletiers ? Trumpeldor l’emporte. Un bataillon juif est envoyé d’Alexandrie à la bataille de Gallipoli, une bataille célèbre pour avoir été le plus grand désastre des Alliés pendant la Grande guerre, 250 000 morts en huit mois. Sous le feu des Turcs, le Zion Mule Corps, 600 muletiers sionistes, durent chaque soir apporter dans les tranchées des armes et des vivres, beaucoup furent tués ou blessés, leur bravoure fut telle que le bataillon juif fut cité dans tous les journaux européens, ce qui n’empêcha pas les Britanniques de le dissoudre. 

 

La Légion juive

 

        Jabotinsky se lance alors dans un intense travail de propagande auprès du gouvernement britannique et de la jeunesse juive immigrée en Grande-Bretagne. Il est presque seul contre tous. Il a l’appui du vieux baron Edmond de Rothschild, de Haïm Weizmann, du moins au début, du Poalei Tsion, mouvement marxiste et sioniste, et du mouvement sioniste de Kiev. Et il a contre lui rien moins que le comité exécutif de l’organisation sioniste qui rend publique une décision ordonnant à tous les sionistes, dans tous les pays, de combattre activement la propagande en faveur de la Légion juive. Quant aux jeunes Juifs de Russie, de Pologne et de Galicie, qui vivent dans les quartiers populaires de Londres, le projet de Légion juive les laisse de marbre.

         Finalement le vent tourne. Le gouvernement britannique veut enrôler la jeunesse juive pour l’envoyer à la guerre sans la regrouper dans une unité distincte. Jabotinsky s’était fait quelques amis dans l’armée anglaise. Après la bataille de Gallipoli, 120 muletiers de Sion s’étaient réengagés dans l’armée britannique. Le colonel Patterson qui avait commandé ces muletiers à Gallipoli, obtient que ces hommes soient tous envoyés dans le même bataillon. Le lendemain, le fameux Times, dans son éditorial, prend parti pour la Légion juive. Jabotinsky s’engage comme simple soldat à condition d’être versé dans ce bataillon là.

 

         L’autobiographie de Jabotinsky s’arrête là, en 1917, elle se termine en queue de poisson. Voici en très résumé la suite de cette histoire.

 

         Le 2 février 1918, le premier bataillon juif depuis l’an 135 de notre ère défile à travers la City de Londres sous l’emblème du roi David. Le régiment de fusiliers embarque pour la Palestine et Jabotinsky y sert comme sous-lieutenant. La Légion juive va combattre avec bravoure dans les monts Ephraïm et la vallée du Jourdain lors de la dernière offensive du général Allenby. À la fin des hostilités, la Légion juive compte 5 000 soldats. Les Britanniques la dissolvent en 1919.

 

         Des muletiers de Sion et des anciens de la Légion juive sont encore présents en Palestine, en 1920, dans une force d’autodéfense juive appelée Hagana qui contient de violentes émeutes arabes à Jérusalem. Les Britanniques arrêtent des émeutiers ainsi que 19 membres de la Hagana parmi lesquels Jabotinsky qui s’est présenté comme le responsable de cette Hagana.

 

          Par la suite Jabotinsky créera le Betar, mouvement de jeunesse sioniste militarisé, quittera l’Organisation sioniste, et fondera le mouvement sioniste révisionniste qui entre autres exigera que le futur État juif soit créé sur les deux rives du Jourdain, incluant donc la Jordanie. Une scission de la Hagana prendra le nom d’Irgoun et sera idéologiquement proche des révisionnistes. Perpétuellement en opposition avec Haïm Weizmann, David Ben Gourion et la gauche sioniste, Jabotinsky fut donc le père de la droite israélienne représentée aujourd’hui par Benjamin Netanyahu.

 

            Aujourd’hui, 100 ans plus tard, on ne peut être que surpris de l’opposition d’une grande partie du mouvement sioniste à l’idée d’une armée juive. En fait, l’histoire de Jabotinsky illustre bien l’état d’esprit qui prévalait à l’époque chez de nombreux intellectuels juifs. Il n’y avait en effet pas de tradition militaire dans le monde juif, jusque dans les années 1930, une grande partie du mouvement sioniste prônait un foyer national juif démilitarisé, l’usage de la force par des Juifs était impensable, c’était par exemple le point de vue d’Ahad Ha’am, de Martin Buber et même de Théodore Herzl. Vladimir Zeev Jabotinsky, très en phase avec le sionisme politique, y a ajouté une dimension nouvelle, capitale, la dimension militaire. L’histoire lui a donné raison sur ce point. Les forces de défense d’Israel ont bel et bien joué un premier rôle dans le mythe fondateur d’Israël. Et Tsahal est bien aujourd’hui un pilier vital de l’État d’Israël.

Jacqueline Pollak (mars 2021)

Ancienne journaliste à la Rtbf, la Radio Télévision Belge de langue française

Nos Livres
Le Silence des Matriochkas
Trois femmes,
trois destins -
Kiev, Berlin, Paris.
Une enquête palpitante
sur le chemin des
Origines.

Nous portons en nous, cachée dans les tréfonds de notre inconscient, l'histoire de nos ancêtres. Lorsque ce passé est douloureux ou tragique, il hante les présents. Tel est le constat que dresse Anouchka, l'héroïne du roman. « C'est une erreur de penser que l'on peut enterrer le passé. Il s'accroche tant et si bien qu'il remonte toujours à la surface, tel le corps d'un noyé », écrit-elle.

Au départ, il y a une lignée de femmes, un lien d'amour qui se transmet de mère en fille. Dina, Rebecca, Raïssa, Claudie, Anouchka, Sacha, ressemblent à ces poupées russes qui s'emboîtent les unes dans les autres. « Chaque nouvelle vie enfonce ses racines dans la chair de sa mère et les racines des unes s'entremêlent à celles des autres », écrit Anne Bassi en introduction de son ouvrage. Anouchka vit une relation fusionnelle avec sa grand-mère Raïssa. La mort de cette dernière est une douleur dont elle ne se remet pas, malgré les années qui passent. La vie d'Anouchka est pourtant réussie : elle a suivi la tradition familiale, est devenue avocate et a une fille, Sacha, qui la comble. Mais quelque chose en elle ne guérit pas, elle aspirée par un trou noir qu'elle ne parvient pas à comprendre.

 

Afin de se délivrer de son mal-être, elle décide de consulter un thérapeute, spécialiste de la méthode « NTCV », appelée également « brainspotting ou EMDR ». A l’aide d’une baguette, presque magique, il utilise la puissance du regard afin de stimuler l’émotionnel enfoui dans un recoin du cerveau profond. C'est lui qui va ouvrir le « tiroir à secret » avec une question simple : « Comment est morte Rebecca, la mère de Raïssa ? ». L'interrogation claque comme un coup de feu dans le silence. Elle pressent qu'il y a là un secret de famille, lourd et noir qui explique aussi cette « ombre silencieuse » portée sur toute la lignée. « Cette invitation à la curiosité la transporta dans le passé, celui d'avant ses souvenirs, à la recherche de Rebecca dont plus personne n'osait parler. »

Anouchka commence des recherches avec l’aide d’un généalogiste et entraîne le lecteur en Ukraine, là où es née Rebecca, puis à Berlin, et enfin à Paris. La famille doit fuir à plusieurs reprises, s'exiler pour trouver, au moins pendant quelques années, la paix et la sécurité. 

Anouchka reconstitue cet itinéraire, retrouve des photos, des documents, et découvre même l'existence de membres de sa famille dont elle ignorait tout. Un pan caché de son histoire lui est ainsi révélé. Des mots, des photos, de la musique, viennent compléter la partition de sa vie, et vont lui permettre de saisir l’origine de ses angoisses, puis de s'apaiser. « Chacun d'entre nous est inscrit dans une lignée familiale, et l'origine de nos souffrances date parfois de temps lointains. Pourtant, ce que l'on ignore est tout aussi important que ce que l'on sait. Les non-dits deviennent des secrets qui deviennent nos fantômes. Les secrets de famille se font ainsi nos maîtres silencieux, et parfois ceux de nos destins. »

 

Un roman sensible où l’auteur analyse avec finesse les émotions de l’héroïne et nous initie à la psychogénéalogie, aux serments silencieux. « Elles avaient tracé un cercle silencieux (…), les mots jamais dits devinrent une réalité invisible entre elles. Anouchka devint une petite fille que le silence passionnait, elle devint le silence, elle devint la prisonnière et la geôlière de ce silence ».  

Trois questions à Anne Bassi :

  1. « Le silence des Matriochkas » est votre premier roman. Il est inspiré de faits réels. Quand avez-vous décidé de l’écrire et quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Je n’ai pas décidé à un moment précis d’écrire un roman. Cela s’est fait progressivement à partir de faits imaginaires et réels dont m’ont fait part des hommes et des femmes. Petit à petit, j’ai construit un récit à partir de leurs vies et de thèmes qui me tenaient à cœur depuis longtemps : la transmission entre les femmes d’une même lignée, la mémoire, les secrets de famille, la psychogénéalogie et le métier d’avocat. J’ai été amenée à faire des recherches sur ma famille en France, en Ukraine et en Allemagne. C’est ce qui a permis de construire ce roman sous la forme d’une enquête.

Je m’interroge sur la transmission entre les femmes d’une même lignée. Les mères sont des relais, elles transmettent le passé et la mémoire. C’est une transmission qui nous dépasse. Mais ce n’est pas un roman dédié aux femmes. Il concerne tous ceux qui s’intéressent à leur histoire et à leur héritage. Nous sommes le fruit de notre histoire familiale, nous en conservons la mémoire et nous devenons ainsi des témoins innocents. 

  2. Votre livre est un voyage dans le temps et dans l’espace. Il débute en Ukraine en 1885 et se termine à Paris à             l’époque actuelle. Pourriez-vous revenir sur les périodes que traversent les personnages principaux ?

 

Il y a trois périodes dans le livre. La première concerne l’Ukraine de 1885 à 1926. Rebecca et Raïssa sont nées en Ukraine et vivent les pogroms et de la Révolution. Elles appartiennent à une famille d’intellectuels pour qui le socialisme apportera l’émancipation et l’égalité. La famille quitte l’Ukraine en 1926 et s’installe peu de temps en Allemagne pour des raisons professionnelles, le père de Raïssa, Moïse est ingénieur. La seconde période du roman concerne leur installation en France où Raïssa étudie le droit et devient avocate dans les années 30. Après avoir été radiée par les lois de Vichy, elle se réinscrit au Barreau avec son époux, Charles. Ils trouvent leur raison d’être dans le combat politique, ils sont avocats par vocation, par amour de la liberté, par aversion de l’arbitraire et de l’injustice. Raïssa donne naissance à deux filles, Claudie en 1944 et Danie en 1946. La dernière période concerne la quatrième génération, représentée par Anouchka, la fille de Claudie. Elle se déroule à Paris à la recherche du passé, des morts et des vivants. 

  3. Le personnage d’Anouchka est écrasé par un secret de famille. « Ce secret inavouable et indicible que Raïssa ne       pouvait dévoiler était devenu leur secret, elles en étaient codétentrices. Il était leur complice ». 

Les secrets inavoués, inavouables sont écartés de nos vies conscientes et ne peuvent pas recevoir d’inscription verbale dans la mémoire familiale. Pourtant, les émotions condamnées au silence par absence de verbalisation sont toujours actives. Tout se passe comme si on ne devait pas oublier certains évènements. Ni les oublier, ni en parler, les transmettre mais sans le dire. 

Nos Livres
Raya Kagan

Extrait du BULLETIN DES FFDJF • N°146 & 147 • SEPTEMBRE 2020

 

DES FEMMES DANS LE BUREAU DE L'ENFER

 

◆      UN RÉCIT HALETANT SERVI PAR UNE PLUME TALENTUEUSE

Une fois encore, Serge Klarsfeld vient d'extraire des limbes de l'oubli un récit époustouflant, celui de Raya Kagan qui fit partie du convoi numéro 3 en date du 22 juin 1942, le premier à emporter 66 femmes à Auschwitz, après avoir été incarcérées au camp des Tourelles et à Drancy pour non respect de la réglementation antijuive ou implication dans des affaires touchant à la sécurité, comme ce fut le cas de Raya Kagan. C'est en 1945, que Raya Kagan gagna la Palestine Juive, où elle publia son témoignage 2 ans plus tard en Hébreu sous l'égide des Editions SifriatHapoalim, mais en si peu d'exemplaires que son destin fut d'être introuvable, et traduit en aucune langue. Aussi, dès 1976, en préparant le « Mémorial de la Déportation des Juifs de France », Serge Klarsfeld eut connaissance de ce récit pour lequel il envisagea de le faire traduire en Français, « mais d'autres priorités à l'époque l'en empêchèrent »Aujourd'hui, tel n'est plus le cas. C'est en effet tout à l'honneur du président des FFDJF d'avoir assumé les frais de la traduction et de l'édition de ce récit faisant état du premier convoi de femmes par cette survivante, née en Ukraine en 1910, qui témoigna au procès Eichmann le 8 juin 1961. Raya Kagan, née Rapoport, qui gagna la France en 1937, soupçonnée d'appartenir à un réseau de résistance communiste à « la suite de la mort de deux militants tués dans l'explosion d'une bombe qu'ils préparaient dans une chambre au 49 rue Geoffroy Saint­ Hilaire, où Raya avait logé et laissé des lettres », lui valut d'être arrêtée et déportée. Intellectuelle, parlant parfaitement cinq langues, Raya Kagan fut peu de temps après son arrivée à Auschwitz affectée au Bureau d'État Civil du camp principal avec ordre d'enregistrer les décès des déportés, qui avaient été autorisés à entrer dans le camp, (les seuls à être enregistrés) ; les autres étant immédiatement dirigés vers la chambre à gaz. Le convoi 3 comprenait 933 hommes et 66 femmes. Comme le souligne Serge Klarsfeld : « Tous sont entrés dans le camp sans sélection pour la chambre à gaz. 5 femmes sur 66 survécurent: Raya Kagan, Claudette Bloch, Henriette Bolotin, Estera Solarz et Rywka Spzepsman. Dans le convoi 7 où 49 femmes du camp des Tourelles furent déportées sur un total de 121 femmes, une seule a survécu, Johanna Gans, dont la déposition en 1945 figure en annexe, et qui fut désignée elle aussi, comme secrétaire au Bureau politique du camp. » Claudette Bloch (citée dans l'ouvrage) témoigna également auprès des inspecteurs du Service de recherche des crimes de guerre en 1945. Raya Kagan après son Alya fut recrutée par le Ministère Israélien des Affaires étrangères où elle occupa nombre de postes importants. Elle s'est éteinte en 1997 à l'âge de 87 ans. Reste son récit présenté par Serge Klarsfeld, un récit peu commun, haletant, où à l'aide d'une plume soignée, l'auteur dépeint les étapes de sa trajectoire dantesque, à commencer par les Tourelles, où furent incarcérées avec elle, les admirables « Amis des Juifs. » La puissance de ce récit est de rendre perméable la moindre situation, le moindre dialogue, à l'aide d'une sémantique obstinée à ne laisser aucun détail de côté. A l'instar, d'une véritable caméra rendant le son et l'image. Et ce, par la seule magie de l'écriture ! Grâce à ce témoignage si prégnant, on appréhende de façon hallucinée de quelles façons fonctionnait la logistique du crime de masse, et comment se déroulait le quotidien de ses esclaves Juives affectées dans les Bureaux du camp, soumises au pouvoir

sadique des maîtres des lieux. Rien n'échappe à l'œil de Raya, les noms, les dates, les évènements les plus ordinaires, comme les plus tragiques, notamment « les Marches de la Mort », dont elle sortira indemne. Un grand livre. Un des très grands livres sur la Shoah, étayé à la fin de documents et d'annexes éloquents.

Claude Bochurberg

Nos Livres
Molkhou
Molkhou

Je parcourais minutieusement les allées en apparence dépouillées de tout parchemin de vie témoignant encore, à qui voudrait l’entendre, du parcours personnel autant que de la carrière hors normes du violoniste d’origine ukrainienne Mischa Elman et menais depuis quelques semaines méthodiquement mon enquête sur cet artiste lorsque je découvris le 31 janvier 2020, les biographies des grands violonistes du XXe siècle racontées par Jean-Michel Molkhou (1), parues en deux tomes édités par Buchet/Chastel respectivement en septembre 2011 et en octobre 2014. A cette époque, je venais de procéder à l’examen attentif  de la partition musicale de « Après un rêve » de Gabriel Fauré, transcrite par Mischa Elman (2) afin d’approfondir ma connaissance de son jeu musical et j’étais quelque peu agacée de vérifier, lecture après lecture, étude après étude, que la musique demeurait encore bien trop souvent un « domaine réservé » à une minorité, un art fermé au plus grand nombre. Dans ce contexte précis,  je me souviens alors m’être dit : « Allez, je parie que c’est encore un bouquin hors de portée du plus grand nombre, comme si la musique ne devrait être réservée qu’à une « élite », à une toute petite minorité coupée du reste de la société … Voyons tout de même comment cet auteur aborde l’univers des grands violonistes du XXème siècle … »

Est-ce l’art manifeste de Jean-Michel Molkhou de savoir manier avec maestria plusieurs cordes à son arc, à la fois chirurgien de métier, violoniste passionné par la lutherie et l’archèterie, devenu ensuite critique musical pour la revue Diapason, qui lui permit de ne pas se laisser bercer par les sirènes d’une approche très technique fréquemment réservée à un cercle en vérité restreint de mélomanes, musiciens, violonistes et/ou professeurs de musique ? Je ne le sais, mais ma première véritable agréable surprise fut de découvrir, en feuilletant le premier tome consacré à la présentation de cinquante violonistes de la première moitié du XXème siècle, qu’un chapitre entier avait été réservé à Mischa Elman. Fait suffisamment rare pour s’en étonner finalement, car là n’est pas le moindre des paradoxes de l’histoire de Mischa Elman : sa vie et son talent, dignes d’un roman historique né sur l’arrière-scène tragique d’une Russie ravagée par les pogroms jusqu’à son éblouissante épopée américaine où il sut déployer les ailes de phénix de son violon au son d’or et graver de l’empreinte sensible de son archet les cœurs et les âmes de millions de gens, ne firent pour autant l’objet de quelques résiduels écrits à son sujet.

Dans un style synthétique et sans révéler ici le détail de ce qu’écrit Jean-Michel Molkhou au sujet de Mischa Elman afin de vous encourager à vous plonger, au-delà même de l’histoire de Mischa Elman, dans la lecture passionnante de ces deux ouvrages, frappant est de constater combien, sur le fond, cet auteur sait dire l’essentiel en peu de mots finalement et s’inscrire dans une démarche teintée d’humilité. Ainsi, au terme des cinq pages dédiées à Mischa Elman, vous voyagez avec lui comme s’il était encore des nôtres, de Talnoï à Odessa, puis de Odessa à Saint-Pétersbourg, Paris, Berlin, en Allemagne, en Autriche, en  Scandinavie lors de ses premières tournées en Europe jusqu’à New York. Par ailleurs et bien que le tableau que dresse Jean-Michel Molkhou du parcours aussi atypique qu’exceptionnel de Mischa Elman complète presque parfaitement les termes de l’article « Le violoniste Mischa Elman », très différent d’approche et de sensibilité, de Charles Godszlagier paru sur le site Les Amis d’Odessa, il n’en demeure pas moins que personne d’autre que cet auteur n’a su résumer de manière aussi édifiante qu’il le fit ce que représenta en son temps le son du violon de Mischa Elman : "Écouter aujourd’hui le violon de Mischa Elman, c’est un peu comme feuilleter des photographies de Saint-Pétersbourg d’avant la révolution d’Octobre. On y redécouvre les fastes, les dorures et les larmes d’une civilisation à jamais disparue. Un violon qui vous tire des larmes dans ce Concerto de Tchaïkovski qui fut longtemps considéré comme le « sien »" (pp. 73-80, tome I).

La singularité et la dimension pédagogique de la démarche de Jean-Michel Molkhou caractérisent l’ensemble des deux tomes de son étude, excentrées des sentiers techniques et du vocabulaire spécifique à l’univers de la musique : elles lui permettent ainsi de lier et de relier l’histoire individuelle  de chaque violoniste du XXe siècle dans le cycle d’une histoire humaine plus globale et de la grande Histoire de l’humanité tour à tour partagée entre ombre et lumière. De fait, l’auteur inscrit chaque trajectoire personnelle dans un contexte géographique, historique, socio-économique, familial et culturel propre à chacun. Au fur et à mesure que vous avancerez dans votre lecture, vous entreprendrez en vérité un long périple, des contrées de Russie (Mischa Elman, Toscha Seidel, Nathan Milstein, David Oïstrakh, Isaac Stern …) à celles de l’Europe  de l’Est (Vilnius, Budapest, Prague, Vienne, Trieste, Zelazowa Wola près de Varsovie où vit le jour le violoniste Henryk Szeryng et qui était déjà ville natale de Frédéric Chopin ….) où naquirent les plus grands musiciens. L’auteur retrace également le parcours de quelques violonistes célèbres, anciens ou contemporains venus d’autres nations du continent européen, de la France (Jacques Thibaud né à Bordeaux en 1880) à l’Angleterre (Albert Sammons, autodidacte né à Londres en 1886), en passant par l’Allemagne (Anne-Sophie Mutter, née en 1963), les Pays-Bas (Janine Jansen, née en 1978) … sans oublier les États-Unis (Oscar Shumsky, Gil Shaham), le Canada (Leila Josefowicz), le Japon (Kyoko Takezawa), l’Arménie (Sergey Khachatryan) … La musique a ceci de magique qu’elle n’a pas de frontières et nous enseigne en permanence que ce qui est beau existe et peut s’entendre sur tous les continents de notre planète Terre. Dans ce tableau exhaustif à souhait, je n’exprime qu’un seul regret : aucun chapitre n’est consacré au violoniste juif russe, Sascha Jacobsen, juif russe né à Helsinki en 1895 devenu pourtant le sujet de l’une des chansons interprétées en 1922 par George Gershwin et intitulée « Mischa, Jascha, Toscha, Sascha ».

Certaines anecdotes ne manqueront pas de surprendre, d’émouvoir, de faire rire, telle l’histoire de Joseph Fuchs, né en 1899 à New York dans une famille de musiciens et qui, après s’être cassé le bras à l’âge de trois ans, débuta le violon « en guise de rééducation » ! Mais au-delà du talent de pédagogue de Jean-Michel Molkhou, talent qui lui permet d’encourager le lecteur à s’interroger sur les motivations profondes de  certains de ces violonistes et les raisons pour lesquelles leurs interprétations ont également parfois survécu à l’épreuve redoutable du temps, la singularité de sa démarche se manifeste tout autant par sa capacité à ne jamais enfermer aucun de ces grands violonistes dans le seul registre de leur univers musical. Ainsi, dans un long chapitre retraçant l’histoire et le parcours musical de Yehudi Menuhin, né à New York en 1916 de parents juifs russes, l’auteur n’hésite pas, contribuant de la sorte au développement d’une culture générale accessible au plus grand nombre,  à remémorer combien il fut préoccupé par l’éducation artistique ainsi que ses engagements forts de citoyen : dès 1950, il prend fait et cause contre l’apartheid en Afrique du sud, ce qui n’était pas si fréquent à l’époque ; plus tard, il s’investira dans le rapprochement entre Israéliens et Palestiniens, puis il s’engagera aux côtés de Amnesty International. Mais Menuhin, Jean-Michel Molkhou est un des rares à le souligner, c’est aussi celui qui n’avait jamais oublié la Russie bien qu’il n’y soit pas né. Ni la Russie ni les parcours de dissidents, qu’ils fussent liés à cette nation ou pas. Ainsi, Menuhin fut, ne l’oublions jamais, celui qui usa, à juste raison, de sa notoriété pour faire libérer Mstislav Rostropovitch d’URSS, mais également, on le dit moins, pour sortir le pianiste argentin Miguel Angel Estrella des geôles uruguayennes.

Une fois entré dans l’univers géographique, familial, culturel, musical de chacun de ces violonistes, leurs histoires individuelles réunies nous démontrant au passage que derrière un grand musicien existe déjà le plus souvent dans la cellule familiale une fibre artistique ancrée depuis longtemps et/ou confirmée, le lecteur peut compléter sa découverte en écoutant le CD qui offre plus de huit heures de musique. A titre d’exemple, Jean-Michel Molkhou propose l’extrait sonore que voici concernant le violoniste Ivry Gitlis, né à Haïfa en 1922 dans une famille d’origine russe : 

« Béla Bartόk : Concerto n°2, I. Allegro non troppo. 

Avec l’Orchestre Pro Musica de Vienne, dir. Par Jascha Horenstein. Enreg. 1954. Vox PL 9020. Rééd. Vox CDX2 5505. 14’47. 

Cet enregistrement volcanique du Second Concerto de Bartόk est resté l’un des sommets de la discographie du violoniste comme de l’œuvre. »

      

En toutes circonstances, Jean-Michel Molkhou sait à la fois s’adresser aux mélomanes en citant, par exemple, sur quel violon ont exercé leurs talents certains des immenses violonistes du XXe siècle, et interpeller les profanes sans jamais muer son propos en une encyclopédie de termes spécifiques à l’univers de la musique en général et des violonistes en particulier quand il se réfère à la discographie de chacun d’eux : c’est là tout l’art et l’intérêt de découvrir les biographies de si nombreux violonistes, demeurés célèbres ou tombés dans l’oubli, retracées avec tact et élégance par Jean-Michel Molkhou. Alors, je vous invite à partir à leur rencontre dès à présent, car le message universel de la musique autant que l’univers émotionnellement si passionnant de l’art du violon, ces biographies convaincront ceux qui en douteraient encore, sont à eux seuls une perpétuelle leçon d’humanisme dont a bien besoin notre monde actuel.

Ivana Sion.

__________________

  1. Jean-Michel Molkhou, Les grands violonistes du XXe siècle, Buchet/Chastel :Tome I – De Kreisler à Kremer,1875-1947, Tome II – 1948-1985.

  2. Gabriel Fauré, Après un rêve, Transcribed by Mischa Elman, Violin and Piano chez Carl Fischer.

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Bibliographie

 

 

ÉMISSIONS RADIOPHONIQUES :

France Inter/La marche de l'histoire/Odessa/15 mai 2014

France Culture/Odessa Ville-Mondes/31 mai 2015

France Inter/La marche de l'histoire/Roumanie, la Shoah oubliée/20 février 2019

 

FILMS :

"Peu m'importe si l'histoire nous considère comme des barbares", film roumain de Radu Jude, 2018

 

OUVRAGES :

ABENSOUR Gérard, Une vie pour le théâtre, Maria Knöbel et la formation du metteur en scène au XXe siècle en Russie, Les Éditions du Panthéon, 2019

 

ABENSUR-HAZAN Laurence, Retrouver un ancêtre juif, Archives et Culture, 11 avril 2019

 

ARBEL Rachel, Homage to Odessa, Tel-Aviv, Beth Hatefutsoth, 2002. Le catalogue de l’exposition est bilingue, anglais-hébreu.

 

BABEL Isaac, Chroniques de l’an 18 et autres chroniques (1916), trad. du russe par Irène Markowicz et Cécile Térouanne, Arles, Actes Sud, 1996

BADINTER Robert, Idiss, Fayard, 2018

BAUMGARTEN Jean, La Naissance du Hassidisme, Mystique, rituel et société (XVIIIe - XIXe siècle), Albin Michel, 2006

BAUMGARTEN Jean, Le Baal Shem Tov, Mystique, magicien et guérisseur, Albin Michel, 2020

BAUMGARTEN Jean et TRAUTMANN-WALLER Céline, Rabbins et savants au village, l'étude des traditions populaires juives (XIXe-XXe siècles), Paris, CNRS Editions, 2014

BAUMGARTEN Jean, Le Yiddish, Histoire d'une langue errante, Albin Michel, 2002

BAUMGARTEN Jean, Le Petit Monde : le corps humain dans les textes de la tradition juive de la Bible aux Lumières, Paris, Albin Michel, 2017

BAUMGARTEN Jean, La Légende de Yosef della Reina, activiste messianique, trois versions traduites de l’hébreu et du yiddish par Jean Baumgarten, Paris, Editions de l’Eclat, 2018

BAUMGARTEN Jean, CATACH Irène,TOTARO Pina, Spinoza, philosophe grammairien, Paris, CNRS Éditions, février 2019

BELOUSOVA L. G., VOLKOVA T. E., Evrei Odessy i youga Ukrainy : Istoriia v dokumentakh [Les Juifs d’Odessa et l’Ukraine méridionale, L’Histoire par les documents], Odessa, Studiia Negotsiant, 2002

BERARD Marguerite, Le Siècle d'Assia, Flammarion, mars 2019

BIALIK Hayyim-Nahman, Halakha et Aggada, Paris, Editions de l'éclat, 2017

BIJAOUI Rémy, Le Crime de Samuel Schwartzbard, L'Affaire des pogromes, Imago, 2018

BIRGER Trudi, La Rage de survivre, Préface de Serge Klarsfeld, Denoël, 1998

BIRNBAUM Pierre, La Leçon de Vichy, Une histoire personnelle, Seuil, 2019

BOLTANSKI Christophe, La Cache, Paris, Stock, 2015

BORLANT Henri, "Merci d'avoir survécu", Seuil, 2011

BRUHMAN Danièle, Les Juifs ruraux, ces méconnus de l'Histoire ashkénaze. Empire russe XIXe siècle, Paris, Éditions du Cygne, ( 2019, à paraître)

BUZYN Elie, J'avais 15 ans, Vivre, survivre, revivre, Alisio, 2018

CARP Matatias, Cartea neagra, Le livre noir sur la destruction des Juifs de Roumanie (1940-1944), traduit par Alexandra Laignel-Lavastine, Denoël, 2009

CLÉMENT Jérôme, Plus tard, tu comprendras suivi de Maintenant je sais, Grasset, 2009

CONTE Francis et GRECIET Françoise (sous la direction de), Les Chemins d'Odessa, Cahiers slaves n°14, 2016

CZERNY Boris, Contes et récits juifs et ukrainiens du pays houtsoule, Petra, 2018

DAGHANI Arnold, La Tombe est dans la cerisaie, Journal du camp de Mikhaïlovka, 1942-1943, Editions Fario, 2018

DEROCHE-FRECON Sylvie, Moi, Rosa Rubinstein : mémoires d'une famille juive, Apogée, 1996

DOLZHENKOVA Anna, Odessa: A Guidebook, Odessa, Mayak Publishing House, 1976

DUROY Lionel, Eugénia, Julliard, 2018

ERTEL Rachel, Mémoire du yiddish, Transmettre une langue assassinée, Entretiens avec Stéphane Bou, Albin Michel, 2019

FAINBERG Sarah, Les Discriminés, L'antisémitisme soviétique après Staline, Fayard, 2014

 

FONTENAY Elisabeth de, Gaspard de la nuit, Stock, 2018

FONTENAY Elisabeth de, Actes de naissance, Seuil, 2011

FRANK Ben G., A Travel Guide to Jewish Europe (Fourth Edition), Pelican Publishing Company, 2018

FRANK Ben G., Klara's Journey : A Novel, Marion Street Press, 2013

GELLY Violaine, La Vie dérobée de Sabina Spielrein, Fayard, 2018

GLANTZ Margo, Les Généalogies, trad. de l'espagnol (Mexique) par Françoise Griboul, Folies d'encre, 2009

GRANGE Cyril, Une élite parisienne, Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939), CNRS Éditions, 2016

 

GREGOR Jean, PEAN Jean, Comme ils vivaient, A la recherche des derniers Juifs de Lituanie, Seuil, 2018

GURFINKEL Michel, Le Roman d’Odessa, Ukraine, utopie russe et génie juif, Paris, Rocher, 2005

HALPERN Gabrielle, Tous Centaures, Éloge de l'hybridation, Paris, Le Pommier, 2019

H. LEIVICK, Dans les bagnes du tsar, Paris, Editions de l'Antilope, 2018

HERLIHY Patricia, Odessa, A History 1794-1914, Cambridge, Massachusetts, The Harvard Ukrainian Research Institute, 1986

IKOR Roger, Les Fils d'Avrom, Les Eaux mêlées, Albin Michel, 1955

IKOR Roger, Peut-on être juif aujourd'hui ?, Grasset, 1968

 

ILJINE Nicholas V., Odessa Memories, Seattle & London, University of Washington Press, 2004

IANCU Carol, La Shoah en Roumanie, Université Paul-Valéry-Montpellier, 1998

 

JABOTINSKY Vladimir, Les Cinq (1936), trad. du russe par Jacques Imbert, Paris, Syrtes, 2006

JABOTINSKY Zeev Vladimir, Histoire de ma vie, trad. de l'hébreu par Pierre I. Lurçat, Les Provinciales, 2011

JACOBI Michéa, Trésor, Éditions Austral, 1996

KANDEL Liliane (sous la direction de), Féminisme et nazisme, Préface d'Elisabeth de Fontenay, 2004

 

KHOROCHOUNOVA A. Irina, Carnets de Kiev 1941-1943, Calmann-Lévy, 2018

KING Charles, Odessa, Genius and Death in a City of Dreams, New-York/London, W.W. Norton & Company

KOCH Stephen, Hitler's Pawn : The Boy Assassin and The Holocaust, Counterpoint Press, janvier 2019

LAGET Christine, Toulouse 1939-1945: La guerre en archives, Amazon, mai 2020

LAIGNEL-LAVASTINE Alexandra, Cioran, Eliade, Ionesco : L'oubli du fascisme, PUF, 2002

LANDESMAN André, Mémoire d'un fils d'immigré, Chronique d'une famille juive originaire de Russie, de Sibérie à Odessa puis à Paris, Cercle de Généalogie juive, 2017

LENEMAN Léon, La Tragédie des Juifs en URSS, Desclée de Brouwer, 1959

 

LE FOLL Claire, La Biélorussie dans l'histoire et l'imaginaire des Juifs de l'Empire russe (1772-1905), Honoré Champion, 2017

LORRAIN Pierre, Ukraine, Une histoire entre deux destins, Bartillat, 2019

 

LOWER Wendy, Les Furies de Hitler, Comment les femmes allemandes ont participé à la Shoah, Paris, Tallandier, mars 2019

MALINOVICH Nadia, Heureux comme un Juif en France. Intégration, identité, culture. 1900-1932, Honoré Champion, 2010

MANN Carol, Nous partons pour une destination inconnue, Femmes juives pendant la Shoah en France, Albin Michel 2020

 

MANSEAU Peter, Chansons pour la fille du boucher, Christian Bourgeois éditeur, 2011

MASSINI Stefano, Les Frères Lehman, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Globe, 2018

MEAUX Lorraine de, Une grande famille russe : Les Gunzburg, Perrin, 2018

MOREIGNE Christophe, La Mention rouge, Les Juifs dans la Creuse sous Vichy et l'occupation (1940-1944), Points d'Ancrage, décembre 2018

NANCY Green, Les Travailleurs immigrés juifs à la Belle Époque, Le "Pletzl" de Paris, Fayard, 1985

NEMIROVSKY Irène, David Golder (1929), Grasset, 2005

NEMIROVSKY Irène, Suite française, Denoël, 2004

NEMIROVSKY Irène, L'Ennemie, Denoël, 2019

OISTEANU Andrei, Les Images du Juif. Clichés antisémites dans la culture roumaine, Non Lieu, 2013

ORBACH Alexander, New Voices of Russian Jewry: A Study of the Russian Jewish Press of Odessa in the Era of the Great Reforms, 1860-71, Leiden: Brill, 1980

PACHET Pierre, Autobiographie de mon père, Autrement, 1994

PACHET Pierre, Conversations à Jassy, Denoël, 2010

PHILIPPE Béatrice, Les Juifs et l'identité française, Odile Jacob, 2016

PHILIPPE Olivier, Zamaron, Un flic ami des peintres de Montparnasse, Arcadia, 2007

PHILIPPE Dominique, Fanny Beznos ou la passion révolutionnaire, L’Harmattan, 2014

POCHTAR Youri, La Pierre, la lac et l'ange, Pétra, 2018

POLONSKY Anthony, Histoire des juifs en Pologne et en Russie, trad. du polonais par Malgorzata Kobierska et de l'anglais par Patrick Hersant, rédaction scientifique Daniel Tollet, Honoré Champion, 2018

RAIKOVIC Monique, Odyssées en Vorarlberg, Paris, Éditions du Cygne, 2018

RAIKOVIC Monique, J'avais cinq ans en 1943, Paris, Éditions du Cygne, 2018

RABINOVITCH Gérard, Leçons de la Shoah, Réseau Canopé, 2018

RAWICZ Piotr, Le Sang du ciel, L'Imaginaire Gallimard, 2014

ROSENBLUM Rachel, Mourir d'écrire ?, Shoah, traumas extrêmes et psychanalyse des survivants, PUF, 2019

SAMAMA Guy, DOUCHEVSKY Alain, Irène Némirovsky, Approches, n°180, Novembre 2019

SCHLEVIN Benjamin, Les Juifs de Belleville, trad. du yiddish par Marcel Arnaud, Nouvelles Éditions Latines, 1956

 

SEBASTIAN Mihail, Journal 1935-1944, Stock, 2007

SEMELIN Jacques, La Survie des Juifs en France 1940-1944, CNRS Éditions, 2018

SHOLEM ALEYKHEM, Étoiles Vagabondes, Le Tripode, 2020

SIFNEOS Evrydiki, Imperial Odessa : People, Spaces, Identities, Eurasian Studies Library, 2017

SILBER Antoine, Tout cet hier à l'intérieur de moi, Arléa, 2018

TANNY Jarrod, City of Rogues and Schnorrers, Russia’s Jews and the Myth of Old Odessa, Bloomington and Indianapolis, Indiana University Press, 2011

TREINER Sandrine, Le Goût d’Odessa, Paris, Mercure de France, 2005

TREINER Sandrine, L’Idée d’une tombe sans nom, Paris, Grasset, 2013

VEIDLINGER Jeffrey, In the Shadow of the Shtetl, Indiana University Press, 2016

VEINSTEIN Léa, Isaac, Grasset, 2019

WAAL Edmund de, La Mémoire retrouvée, Paris, Albin Michel, 2011

WALDECK Comtesse R. G., Athénée Palace, Fallois, 2014

WEINBERG Robert, The Revolution of 1905 in Odessa, Blood on the Steps, Bloomington, Indiana University Press, 1993

ZAJDE Nathalie, Les Enfants cachés en France, Paris, Odile Jacob, 2012

ZALBERG Carole, GOROUBEN Anne, Des routes, Ed. du chemin de fer, 2018

ZIPPERSTEIN Steven J, The Jews of Odessa, A Cultural History 1794-1881, Stanford, California, Stanford University Press, 1986

ZIPPERSTEIN Steven J., Pogrom, Kishinev and the Tilt of History, Liveright Publishing Corporation, 2018