La Russie et ses Juifs

par Ada Shlaen

Presque préhistoire…

Pendant les IXe-Xe siècles à l’Est de l’Europe, apparurent des marchands juifs qui nous laissèrent d’ailleurs quelques témoignages écrits, fort intéressants. De plus, des foyers sédentaires de Juifs se trouvaient dans le Sud, sur les rives de la Mer Noire et en Crimée, lieux de la colonisation grecque. En tout cas au Xe siècle, Kiev est mentionné dans une lettre déposée dans la Gueniza du Caire. Au XIIe siècle il existait déjà un quartier juif avec une synagogue.

En revanche, on interdisait aux Juifs de résider dans la principauté de Moscou ; ils y étaient seulement tolérés comme voyageurs ou marchands, et ceci pendant plusieurs siècles. Encore à l’époque de Pierre le Grand (1672-1725), il était presqu’impossible pour eux d’y habiter, sauf à ceux qui s’étaient convertis à l’orthodoxie. À cette condition, certains purent atteindre des postes éminents au sommet de l’État, tel était le cas du vice-chancelier Piotr Pavlovitch Chafirov(1669-1739) qui dirigea la politique étrangère de Pierre le Grand pendant plusieurs années.

La zone de résidence

Mais leur installation massive viendra seulement à la fin du XVIIIe siècle, lorsque sous Catherine II, l’Empire russe annexa à l’ouest et au sud de vastes régions qui auparavant dépendaient des souverains polono-lituaniens, suédois ou ottomans et où la population juive était nombreuse. En général il s’agissait d’ashkénazes, bien qu’au sud il y eût aussi des séfarades. À cette époque, la moitié de la population mondiale des israélites habitait dans l’Empire russe.

Ces territoires conquis seront transformés en zone de résidence où les juifs seront cantonnés jusqu’à la révolution de février 1917. Pour compliquer les choses, certaines villes qui se trouvaient dans la zone comme Kiev, Sébastopol ou Yalta, leur étaient interdites. En revanche, Odessa ou Kichinev étaient accessibles. En principe, les personnes instruites et fortunées pouvaient obtenir des dérogations afin de s’installer en dehors de la zone, surtout dans les grandes villes, y compris dans les capitales, Moscou et Saint Pétersbourg. Mais ces autorisations étaient arbitraires et du jour au lendemain les gens pouvaient être obligés de quitter leurs foyers et de revenir vers la zone de résidence. Pour toutes ces raisons, la population juive restait surtout groupée dans de petites villes de la partie occidentale de l’Empire, appelées des shtetlekh. La vie y était très difficile et ses habitants, généralement pauvres, survivaient tant bien que mal.

Le texte complet d'Ada Shlaen est consultable  ici  sur M@batim

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