Odessa quand tu nous tiens !
par Inna Naydis et Olga Ksendziouk

traduit du russe par Jean-Christophe Peuch

            Trois décennies de renouveau juif à Odessa. C’est l’apparition d’organisations juives, la naissance de la communauté juive, la création d’études juives, d’une presse juive, de musées juifs, la publication d’une énorme quantité de livres sur le glorieux passé juif de notre ville…

            Plus vieille organisation juive non seulement d’Odessa, mais également de l’ensemble de l’espace post-soviétique, le centre communautaire juif Migdal fête cette année son trentième anniversaire. L’adjectif « vieille » n’est du reste pas approprié tant Migdal ne cesse de se renouveler et d’être en avance sur son temps. Mais, - il est important de le souligner - elle consigne également le passage du temps dans les livres et documents d’archives, dans le cœur des gens et… dans notre revue.

            Disons-le sans fausse modestie, un très grand nombre de documents sur l’histoire et la culture juives d’Odessa qui dormaient depuis des années dans les réserves des bibliothèques, musées et archives de la ville ont, pour la première fois[1], été rendus publics grâce à notre revue ou aux publications ethnographiques, réimpressions et écrits socio-politiques de Migdal (séries Âme juiveOdessa et les Juifs, matériaux de la conférence Odessa et la civilisation juive, recueil d’articles d’Anna Missiouk, albums de cartes postales juives des collections d’Anatoli Drozdovski, Mikhaïl Poïzner et autres).

            Au fils des années, nous avons noué des liens d’étroite et fructueuse amitié avec les collaborateurs du Musée de la littérature d’Odessa, de la Bibliothèque scientifique d’État d’Odessa (connue, de nos jours encore, sous le nom de Bibliothèque Gorki), des Archives régionales d’Odessa, ainsi qu’avec des collectionneurs privés et des journalistes d’Odessa.    

            Notre revue s’enorgueillit de sa collaboration avec des dizaines de chercheurs et de dépositaires de l’histoire de notre ville, tous individus d’exception. Malheureusement, nous ne pouvons évoquer certains d’entre eux qu’au passé et avec douleur. 

            Il y a six ans nous a quittés l’incomparable Alexandre Rosenbaum[2].

            Les deux années maudites que nous venons de traverser ont été marquées par des pertes singulières pour notre ville : celles d’Oleg Goubar [NDT : Oleg Houbar], d’Alexandre Dorochenko, de Valentin Maximenko, d’Alexandre Rojtburd, et maintenant de Leonid Averboukh.   

            Celle de Mikhaïl Jvanetski a été un événement mondial[3].

            Au cours de ces trente années, un nombre impressionnant de livres ont été publiés, tant sur notre ville unique au monde, sa vie et ses différentes manifestations, que sur ses habitants. 

 

            La composante juive d’Odessa est indissociable de l’histoire de la ville et en constitue une strate non négligeable dont on trouve des imprégnations même dans des publications non spécifiquement juives. Qu’il s’agisse de Mes souvenirsde Solomon Kichiniovski [NDT : Solomon Kychynivsky] dont l’édition a été minutieusement procurée par Olga Barkovskaïa (avec la participation de Migdal), ou les deux tomes du « Fourgon vert » et tout Alexandre Kozatchinski, inspirés et édités par Mikhaïl Poïzner en collaboration avec Alexandre Grabovski et Olga Barkovskaïa.   

            L’histoire juive d’Odessa se perd dans la nuit des temps et notre revue l’aborde à nouveau. Dans les pages de ce numéro, nous nous efforçons de présenter au moins une partie des publications consacrées à la ville ainsi que leurs auteurs, fidèles chevaliers d’Odessa.

            Ne fût-ce que brièvement, nous voudrions également mentionner le très intéressant article de Dmitri Jdanov, Histoires du tramway d’Odessa[4] ; le livre de Vitali Brounov, Histoire de la poste d’Odessa au 19e siècle, qui contient des documents originaux et inédits ; la nouvelle série, essentielle pour notre ville, d’Inna Aroutiounova et Valéri Cherstobitov, Maisons et gens de l’Odessa finissante ; Histoires juives de la collection de Mikhaïl Poïzner ; la captivante nouvelle d’Alexandre Birstein, Les tribulations de Lapitoudère ; et le recueil de Grigori Barats, Une gorgée de xérès (pour ne parler que de la cuvée 2021 de ce délicieux « vin d’Odessa » au bouquet si varié). Et tout un tas d’autres livres qui nous réjouissent le cœur, ne serait-ce que parce qu’ils continuent de paraître. Envers et contre tout.

            Tous ceux qu’intéresse le thème d’Odessa, qu’anime l’amour de cette belle ville toujours unique, trouveront leur bonheur dans l’espace littéraire de l’odessika[5] : traités d’architecture, livres d’art, prose légère, petites pièces pleines d’esprit, études scientifiques sérieuses, ouvrages de référence, mémoires, poésie… Odessa est véritablement une inépuisable source d’inspiration et de recherches pour les spécialistes de l’art, les historiens, les biographes, les culturologues, les écrivains, les peintres. C’est que nous espérons confirmer une nouvelle fois avec ce numéro de notre revue.

Inna Naydis, Olga Ksendziouk

Migdal-Times n°175, 2022 (https://www.migdal.org.ua/times/175
 

[1] La palme de l’antériorité revient toutefois au journal Shomrei Shabbos qui existe depuis 1994. Notre revue n’existe, elle, que depuis 2000.

[2] Entre 2015 et 2018 ont parus les six tomes de ses Histoires d’Odessa et, en 2019, un recueil intitulé : Alexandre Iouliévitch Rosenbaum (Rostislav Alexandrov) raconté par ses amis. Bibliographie

[3] Oleh Houbar (1953-2021), écrivain, poète et journaliste ; Alexandre Dorochenko (1943-2021), écrivain ; Valentin Maximenko (1936-2021), mathématicien et historien, spécialiste du théâtre ; Alexandre Rojtburd (1961-2021), peintre et artiste d’avant-garde, ancien directeur du Musée d’Art d’Odessa ; Leonid Averboukh (1930-2022), médecin et écrivain ; Mikhaïl Jvanetski (1934-2020), écrivain et humoriste russe originaire d’Odessa (NDT).   

[4] Vetcherniaïa Odessa № 106-107, 19 septembre 2019 (NDT).

[5] Terme local désignant tout ce qui se rapporte à l’art, la littérature, la culture d’Odessa et à ses traditions (NDT).

        Cet article a été traduit du russe par notre ami Jean-Christophe Peuch

   Nous vous rappelons que Les Amis d’Odessa proposent un service de traduction de documents russes. Pour toute demande (devis...), Jean-Christophe Peuch peut être contacté à l'adresse suivante : peuchj@yahoo.fr