L’enfer d’Odessa : « La Catastrophe juive »

(octobre 1941-mars 1942) 

par Emmanuel Dreyfus

« Dalniki, Sortirovotchnaïa, Soukhié Balki et, plus loin, en allant vers le Bug, Bériozovka, Akmétchetka, Domanievka et Bogdanovka. Ces noms, jadis, respiraient la paix et n’inspiraient aucun effroi à personne tandis qu’aujourd’hui on ne peut plus les prononcer paisiblement, chacun d’eux étant lié au crime, à la souffrance et à la torture. Il y avait ici des camps de la mort : on torturait, on mettait en pièces, on fracassait des têtes d’enfants, on brûlait vifs des gens à qui la souffrance, l’épouvante et les insupportables tortures faisaient perdre la raison.* »

 

          Restée longtemps moins étudiée que l’histoire des camps d’extermination, la Shoah par balles fait l’objet d’un regain d’intérêt depuis une quinzaine d’années, en France notamment autour des travaux du père Desbois et de l’association Yahad-In-Unum, qu’il fonda en 2004.  Ayant principalement eu lieu sur les territoires des Républiques soviétiques d’Ukraine et de Biélorussie occupées par les armées nazies et leurs alliés, la Shoah par balles désigne l’extermination, par fusillades de masses, de 1,5 à 2 millions de Juifs.

        C’est notamment en Transnistrie, zone établie entre les fleuves Dniestr et Bug par les autorités d’occupations roumaines de Ion Antonescu, allié au Troisième Reich, que de 1941 à 1944 eurent lieu parmi les plus sinistres épisodes de la Shoah par balles : plus de 150 000 Juifs de Roumanie, venant principalement des régions de Bessarabie et de Bucovine – périrent, d’exécution, de famines ou de mauvais traitements.

 

          Quoique ces sombres pages de l’histoire roumaine soient consignées immédiatement après la guerre par Matatias Carp dans son ouvrage Cartea Neagra. Le livre noir de la destruction des juifs de Roumanie, elles tombent pour un ensemble de raisons dans un quasi-oubli pendant plusieurs décennies, avant que de nouvelles recherches soient menées à partir des années 2000. En 2011, la revue d’histoire de la Shoah a consacré un numéro à la Shoah roumaine. Il existe également un livre qui constitue un témoignage essentiel de la déportation des Juifs d’Odessa, de Bucovine et de Bessarabie en Transnistrie : le journal du peintre Arnold Daghani, La tombe est dans la cerisaie, publié en roumain en 1947.

           La liste ci-dessous, établie par Emmanuel Dreyfus, recense les principaux sites d’exterminations de Transnistrie, les plus importants étant les trois premiers, localisés dans la région de Golta, nommé le « Royaume de la mort ».  Ayant pour objectif de contribuer à la transmission des différentes mémoires juives de la région, les Amis d’Odessa proposent d’orienter celles et ceux qui seraient à la recherche d’information sur cette histoire.

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* Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman, Le Livre noir, Textes et témoignages, trad. du russe par Y. Gautier, L. Jurgenson, M. Kahn, P. Lequesne, et C. Moroz, Paris/Arles, Solin/Actes Sud, 1995, p. 169.

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